
« Il n’est pas permis d’ouvrir une femme avant sa mort, pour sauver son fruit et lui donner le baptême. »
Rituel du diocèse de Poitiers (1766)
Why ? Pourquoi Jeanne BEAUGEON est-elle décédée en ce jour de mai 1789 ?
Jeanne est la fille d’un vigneron de Tourtenay, elle a épousé en mai 1786 René MARTIN, lui aussi fils de vigneron. Une profession fréquente dans cette paroisse qui encore aujourd’hui produit de l’Anjou et du Saumur.
En 1787, le couple accueille un fils, prénommé René comme son père. En 1789, Jeanne est à nouveau enceinte, mais la grossesse ne se passe pas bien. Est-elle loin de son terme quand elle commence à souffrir et à s’affaiblir ? Hélas ! Jeanne succombe bientôt. La famille a fait appel à un chirurgien. Est-ce avant ou après le décès ? Celui-ci va procéder à une césarienne sur la défunte.

« le sieur françois Bastard de la Rollandière maître en chirurgie nous ayant déclaré avoir ouvert le côté de Jeanne Beaugean femme de René Martin après son décès dans sa grossesse en présence de jeanne Marchais Belle mère de la défunte et de Marie amard femme de pierre Beaugeon. Lesquelles enquises de signer ont déclaré ne le savoir, fors le dit Sieur Bastard qui a signé la déclaration de la dite opération, après laquelle il nous a assuré avec les sus dits témoins que l’enfant n’a donné aucun signe de vie ; et pour cause de putréfaction insupportable dont le corps de la dite Beaugeon exhalait une odeur déjà infecte à la suite de l’ouverture de son côté … »
En fin d’acte, le curé a rajouté : « laquelle dite opération cesarienne n’a été faite par le dit sieur François Bastard que pour faire recevoir le St Batesme au fœtus dont elle était enceinte… »
L’acte laisse entendre que le bébé est mort depuis un moment et que la mort de la mère est due à l’infection propagée par le fœtus décédé. Jeanne BEAUGEON n’avait que 29 ans, elle fait partie de cette cohorte de femmes qui laissèrent leur vie des suites de leur grossesse.
La césarienne tient son nom de Jules Cesar, lequel serait né ainsi, même si cette histoire tient sans doute de la légende. Cette intervention pratiquée depuis l’antiquité a été longtemps effectuée, comme ici, sur des femmes décédées pour tenter de sauver l’enfant. Quand celui-ci ne pouvait survivre, cela permettait de le baptiser. Les témoignages sont rares et il est difficile de savoir si certains enfants ont survécus après une telle naissance, sans doute furent-ils peu nombreux.
C’est au XVIIIe que la césarienne commence à se pratiquer en France sur des femmes vivantes. La pratique se heurte à de nombreuses résistances. Là encore les récits ne font état que des succès des chirurgiens même s’il est fort probable que la mortalité des femmes était énorme.
Sources :
Persée. Mireille Laget. La césarienne ou la tentation de l’impossible, XVIIe et XVIIIe siècle.
Wikipedia. La césarienne.

Wow… Ça pique dès le matin ! 😢
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J’avais dit que mon W serait gore !
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Tragique !
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C’était malheureusement le lot de beaucoup de femmes à cette époque.
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Oui, nos arbres en sont remplis.
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Et dire que l’enfantement est un évènement naturel !
Oui, combien de femmes sont mortes dans d’atroces souffrances
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Oh wow, quelle histoire !
Évidemment, je pense à mon thème pour ce challenge 2024, à toutes ces femmes mortes en couches ou des suites d’un accouchement que j’ai croisées, mais sans connaître les causes médicales de leur décès. C’est quand même bien, les curés bavards !
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On aimerait même qu’ils soient encore plus bavards !
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