Ils s’appellent BIENVENU, MALLET, RAGUENEAU, CANTEAU, SUIRE, PIPET, LARDY, MORISSET, TEXIER, CHARTIER… Ils vivent à Saint-Laurs entre le XVIIe et le XIXe siècle et sont chauliers (ou chaufourniers). Parfois, en plus d’exercer cette profession, ils sont aussi tuiliers. J’en compte 61 dans mon arbre ! Tous se rattachent de près ou de loin à ma généalogie.
Qui sont ces producteurs de chaux et fabricants de tuiles et pourquoi sont-ils si nombreux dans cette paroisse, particulièrement avant la Révolution ?
Cette activité est très ancienne à Saint-Laurs. Dès le XVe siècle, la ville voisine de Fontenay-le-Comte s’approvisionne en tuiles et en chaux auprès des artisans de ce village.
Puis, à partir du XVIIe siècle et avant la Révolution, la chaux est envoyée aux tanneries voisines de Coulonges-les-Royaux qui produisent une importante quantité de cuirs, mais aussi à Niort ville dont la chamoiserie fait alors la renommée.
La chaux produite à Saint-Laurs est d’excellente qualité puisque les acheteurs acceptent de la payer 1/3 de plus que celle sortant des autres fours de la région. Le prix tient compte du coût de fabrication (la moitié du total) auquel s’ajoute les droits d’octroi et surtout les frais de transport. On comprend alors aisément que nos chauliers quand ils le peuvent deviennent marchand ou voiturier : ils acquièrent alors une certaine aisance financière.
Mais revenons à la production. Pour faire de la chaux et des tuiles, il faut du calcaire, de l’argile et du bois. Le calcaire nécessaire à la production provient du village voisin d’Ardin. Quant à l’argile, on le trouve facilement dans la paroisse, à la Rampière mais aussi au Creux-Rouge et à la Caumaillère.
Les fours de Saint-Laurs sont chauffés au bois on y travaille du printemps à l’automne. La production s’étend sur environ 150 jours par an, le reste du temps, les ouvriers sont employés à d’autres tâches. Le bois provient des taillis nombreux dans les environs. Selon un mémoire de 1857, chaque ouvrier utilise annuellement 500 fagots de menu bois et 100 stères de gros bois. Traditionnellement, les fours sont construits au sud du village de la Rampière.

Sur le cadastre de 1824, figurent 4 fours à la Rampière et 1 à la Morisseterie, cela peut sembler peu mais c’est parce qu’ils sont utilisés par une communauté familiale et non par un seul tuilier-chaulier.
Mon ancêtre Louis SUIRE qui vécut au XVIIIe siècle à Saint-Laurs, est le premier chaulier de sa lignée (son père était maréchal-ferrant et lui aussi exercera un temps cette activité). Ses 2 fils embrassent cette même profession et 2 de ses filles s’unissent à un chauffournier. Parmi elles, Jeanne SUIRE qui épouse Jean PIPET, chaulier et fils de chaulier de ce même village. Ils sont tous deux mes ancêtres.
Comme dans beaucoup de professions, l’endogamie est fréquente, elle est même souhaitée. On travaille en famille et il faut éviter de disperser le patrimoine. Mais les mariages se font aussi avec des artisans d’autres paroisses, cela consolide les liens. Ainsi, Louis MALLET marchand et chaulier épouse Françoise MITARD de Coulonges-les-Royaux, issue d’une famille d’origine protestante. Leurs fils seront chauliers-tuiliers et marchands-chaufourniers.
Si certaines familles retournent à la paysannerie (elles exploitent d’ailleurs parfois une borderie en plus de leur artisanat), d’autres comme les LARDY demeurent chauliers sur de nombreuses générations. L’ancêtre Jacques LARDY a eu 14 enfants avec 2 épouses. Parmi eux, au moins 3 de ses fils reprennent le métier. Les garçons s’unissent souvent avec des filles de chauliers et 2 des filles épousent un chaulier.
Pourtant, globalement les communautés familiales ont des revenus médiocres, seules quelques-unes arrivent à avoir un niveau de vie plus élevé.
Parmi elles, peu atteignent l’aisance de Jean MORISSET, petit-fils d’un de mes ancêtres, lequel fait un peu figure d’exception. Avec son épouse Jeanne NIGOT, ils achètent en 1759 une maison-borderie et un four à tuile avec dépendances ainsi que 75 boisselées de terre (environ 5 hectares) à la Morisseterie. De nombreux actes notariés prouvent aussi que Jean possède, dès avant son mariage, diverses terres et maison au Beugnon, à Coulonges, à Saint-Laurs ou encore à Saint-Hilaire-sur-l’Autize. À sa mort, le couple laisse à ses enfants un patrimoine évalué à 13 200 livres, une somme conséquente pour l’époque.
Dans toutes ces familles, les hommes savent écrire et signer. Cette instruction explique qu’ils se soient retrouvés à participer activement à la vie de la communauté, d’abord aux assemblées paroissiales puis dans les conseils municipaux.
Malgré tout, après la Révolution on trouve de moins en moins de chauliers-tuiliers à Saint-Laurs. Suite à l’ouverture des mines de charbon, la chaux n’est presque plus produite sur la commune. Les fours se sont déplacés vers d’autres villages avec des bâtiments plus imposants.
Il ne reste pas de vestiges de ces fours dans la commune, ces petits édifices n’ont pas résisté au temps. Par contre, dans la commune voisine de Coulonges-sur-l’Autize, on peut encore observer des ruines bien plus imposantes que ne devaient l’être les constructions de Saint-Laurs.

Source : Michel Montoux. L’histoire de Saint-Laurs

Article très bien écrit comme d’habitude et très intéressant avec une très belle enquête familiale.
On doit avoir des liens de cousinade.
Cordialement
Philippe Cochard
1 Lieu Dit Bel Air
33540 Blasimon
J’aimeAimé par 1 personne
Merci pour ce gentil commentaire, il est possible que nous ayons des ancêtres en commun, il y a (ou avait) des Cochard à Saint-Laurs !
J’aimeJ’aime
Article intéressant. J’avais un ancêtre chaufournier dans le sud de la Vendée, mais ce n’était pas une tradition familiale, je n’ai pas 61 ancêtres chauliers.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci Marie Isabelle, les chauliers/chaufourniers sont nombreux à cette époque, mais je n’ai pas 61 ancêtres qui exerçaient ce métier, la majorité sont des collatéraux.
J’aimeJ’aime
Toujours aussi passionnant et bien a
J’aimeJ’aime
Oups ! … il en manque une partie !!
… et bien ancré sur vos recherches familiales !
J’aimeAimé par 1 personne
Merci Charlie 😉
J’aimeJ’aime