Le Généathème de février nous propose d’évoquer l’amour dans les Archives.
La consultation de la Série U des Archives départementales des Deux-Sèvres m’a permis de trouver un conflit entre deux jeunes gens, histoire d’amour ou de désamour, je vous laisse juge.
Nous sommes en l’an 11 de la République Française ; avec la Révolution, comme nombre de villages ou villes du pays, le gros bourg de Coulonges-les-Royaux en Poitou a été renommé Coulonges-sur-l’Autize. On y compte environ 1500 habitants lesquels se regroupent autour du château Renaissance, construit par une famille périgourdine, les d’Estissac. Le bourg possède une communauté commerçante laquelle profite des nombreuses foires qui, dès le début du XVe siècle, rythme les saisons.

Ici, tout le monde connaît tout le monde, et ce d’autant plus que l’on appartient au même milieu social. C’est un peu le cas des deux protagonistes de mon histoire. Marianne BEGAUD et Jean EQUIER sont des jeunes gens qui se connaissent bien. Tous deux sont fils de commerçants, Marianne est la fille d’un marchand et Jean est tanneur, fils d’un marchand tanneur. En l’an 11, Marianne a 19 ans et Jean 18. Tous deux sont nés dans la paroisse, on peut imaginer qu’ils se côtoient depuis l’enfance, qu’ils croisent les mêmes amis. Ils sont maintenant à l’âge des premières amours et c’est peut-être la cause du conflit qui naît alors.
Le 16 frimaire de l’an 11 (7 décembre 1802), Marianne BEGAUD accompagnée de son père Jean se présente devant Denis François MOREAU, le juge de paix de Coulonges-sur-l’Autize. Elle vient porter plainte contre Jean EQUIER, fils d’André.
La justice de paix, sous la responsabilité d’un juge, a été créée en 1790. On en trouve une par canton, c’est une justice de proximité créée pour régler les litiges de la vie quotidienne, elle est l’héritière de la justice seigneuriale de l’Ancien Régime.
C’est auprès de cette juridiction que s’arbitrent les conflits de voisinage, les querelles familiales, les demandes de reconnaissance de paternité, les recours concernant des dettes ou des scellés…
À cette époque, le juge de paix n’a aucune qualification spécifique, il est souvent choisi parmi les personnalités locales ayant une autorité morale et une situation bien établie.
Marianne raconte que les faits se sont passés devant la maison EQUIER à Coulonges. Elle rapporte que ledit Jean EQUIER lui a tenu « des propos indécents ». Mais il ne s’est pas arrêté là, il a aussi proféré des menaces « en lui donnant une tape ». C’est François POTIER, le greffier du juge, qui transcrit la plainte par laquelle Marianne demande, outre qu’il s’abstienne de recommencer, qu’il soit condamné par la loi.

Le magistrat convoque alors, Jean EQUIER, lequel se présente devant le tribunal et admet qu’il a arrêté Marianne BEGAUD qui passait devant chez lui, car il avait à se plaindre d’elle.
En effet, selon lui, cette dernière racontait dans le bourg que Jean « courait les filles qui gardaient leurs bestiaux », Marianne l’aurait traité de « polisson », raison pour laquelle Jean lui aurait « posé la main sur la joue » mais « sans élancement ». Jean, qui s’estime lui aussi dans son droit, demande à ne pas être condamné.
Après avoir écouté la plaignante et l’accusé, le tribunal rappelle, en fonction de l’article 600 de la loi du 3 brumaire an 4 sur les auteurs d’injures verbales, qu’il peut condamner Jean à une amende de 3 jours de travail. Cependant, dans la mesure où ce dernier a comparu volontairement et qu’il reconnaît les faits, le juge de paix demande qu’à l’avenir Jean EQUIER ne récidive pas et il le condamne à passer 24 heures dans la maison d’arrêt de Coulonges ainsi qu’à une amende de 20 francs 30 centimes.
Notre juge donne donc raison à Marianne mais concède des circonstances atténuantes à Jean. La peine a sans doute été appliquée dans les jours qui ont suivi, mais on peut se demander quelles relations ont ensuite entretenu les deux protagonistes. Pas facile après cela de se croiser dans les rues ! Et les amis communs ont-ils pris parti ? L’histoire a dû faire un peu de bruit dans le bourg, d’autant plus que la plainte émane d’une jeune fille, ce qui sans être rare n’est pas forcement fréquent.
Le temps a sans doute apaisé les esprits et quelques années plus tard l’un et l’autre se marieront à Coulonges-sur-l’Autize où ils passeront le reste de leur vie. Mais nous ne saurons jamais si la cause de tout cela était un amour non partagé.

Source : Archives Départementales 79 – Série U Justice – Justice de paix, Coulonges-sur-l’Autize 4 U 50


D’ordinaire c’est plutôt APRÈS le mariage que l’on commence à se chamailler ! 😂
Mais c’était la Révolution : tou était chamboulé !!!
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Là, visiblement l’entente n’était pas cordiale 😉
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