Ce texte est une reprise de celui publié en novembre 2025 lors du ChallengeAZ de Généa79 (à la lettre G comme Godrons). Il a été profondément modifié car je me suis posé quelques questions depuis.
J’ai la chance de conserver à la maison un tastevin plutôt ancien transmis de génération en génération jusqu’à moi.

Il n’appartenait pas à Jérôme RABIT, le seul ancêtre vigneron deux-sévrien que je me connaisse. J’aurais bien aimé qu’il l’utilise pour déguster sa production car alors l’objet aurait été daté du XVIIe siècle.
Il ne vient ni de Michel RICHETEAU, seigneur du Chaigneau et de la Martinière, ni de François GENTET, seigneur d’Estries et de Forges, mes ancêtres nobliaux de Chanteloup qui ont vécu à la même époque. Ils avaient sûrement l’occasion de goûter de bons vins mais leur histoire est trop ancienne pour que des objets leur appartenant soient parvenus jusqu’à moi.
L’objet n’est pas luxueux mais il est en argent et joliment ouvragé. De modèle bourguignon, il mesure 7,5 cm de diamètre sur 2 cm de hauteur. Sur le contour sont dessinés, par ciselure sans doute, trente-six ponts (des godrons) et sur le fond, avec la même technique, deux rangs de trente-six points. Au centre, quatre poinçons dont deux en forme de losange attestent que l’objet est en argent. L’anse est formée d’une tige rappelant vaguement un serpent.

La chose n’est pas rare à cette époque et elle n’est pas réservée à une élite ou à une profession. En vogue dès le XVIIIe siècle, le modèle bourguignon est le plus répandu et on le retrouve un peu partout en France : le fond plat et l’anse en forme de serpent en sont des détails caractéristiques.
A qui appartenait-il ? Le nom de BAUDU est gravé, maladroitement, précédé de l’initiale d’un prénom.
Première hypothèse
Lors du ChallengeAZ, j’ai supposé que cette lettre était un F et qu’il appartenait en conséquence à Françoise BAUDU (sosa 37). A y regarder de plus près, je suis pris d’un doute et propose plus loin une deuxième hypothèse.

Mon aïeule Françoise BAUDU nait le 1er mai 1807 à Boismé. Elle est la fille de Jacques BAUDU, propriétaire à Boismé, et de Perrine GRELLIER, sa femme. Ceux-ci ont eu 8 enfants, mais seules 2 filles, Françoise et Rose, atteignent l’âge de se marier, ce qu’elles font presque le même jour de juin 1830. Françoise, le 30 de ce mois, épouse le métayer Jacques CHESSERON. Ce jour-là, le tastevin pouvait faire partie de la liste de cadeaux offerts à la mariée, peut-être par ses parents qui étaient assez aisés pour le faire.
Françoise et sa sœur Rose ont suivi leurs maris Jacques CHESSERON et Jacques CROISÉ quand ils se sont installés vers 1836 dans la grosse ferme des Touches de Terves pour l’exploiter. Le tastevin a suivi. Rose est restée 20 ans dans la ferme avant de partir à Clazay. Françoise est restée aux Touches pour le reste de sa vie : elle y a travaillé dur, elle a donné naissance à quatre garçons, elle a malheureusement vu mourir deux d’entre eux avant d’y décéder le 18 juillet 1878, âgée de 71 ans.
La transmission se serait faite longtemps par les femmes, de mère en fille ou de mère en bru.

Deuxième hypothèse
Est-ce bien un F l’initiale du prénom qui apparait devant le patronyme BAUDU ? Et si c’était un P, modifié par un choc sur le métal.
Dans ce cas, la seule solution serait une autre femme aïeule, Pélagie BAUDU (sosa 65). Cette fille de laboureurs (François BAUDU et Marie BOUREAU) s’unit en 1796 à Pugny avec un autre laboureur, André DEBORDE. Les époux ne sont pas bien jeunes : elle a 36 ans et lui 47 ans. La paix fragile au sortir de la guerre civile de Vendée autorise l’espoir de fonder une famille. Trois ans plus tard, ce vœu se concrétise avec la naissance de leur fils Pierre (sosa 32). Pélagie ne le verra malheureusement pas grandir bien longtemps. Elle meurt le 14 juillet 1800 à l’âge de 39 ans. André se remarie 4 ans plus tard avec Marie Rose TURPEAU qui l’aidera à élever son fils.
Avec cette hypothèse, le tastevin serait le souvenir des 4 ans de brève vie commune de Pélagie avec André. Il serait resté à Pugny jusqu’au décès d’André en 1822. Transmis à son fils Pierre, il aurait voyagé selon les fermages au Roya de Chanteloup, à Egoulant de Clazay, au Bois-de-Terves à Terves, et c’est seulement avec son fils Joseph qu’il serait arrivé aux Touches vers 1890. L’objet se serait transmis de père en fils, uniquement pas des hommes.
Autres hypothèses
Ai-je bien tout imaginé ? J’ai du mal à croire qu’une femme, que ce soit Françoise ou Pélagie, puisse posséder un tastevin personnel ? Et si c’était un homme ! François BAUDU (sosa 130), le père de Pélagie me ramène à la lettre F. Pour la lettre P, j’ai un Pierre BAUDU (1662 -1752, sosa 634) dont une descendante lointaine, mon arrière-grand-mère Marie ROY, a vécu aux Touches mais je n’y crois guère. Il faut peut-être que je me tourne vers des collatéraux, ce qui ouvre encore davantage le champ des possibles. Bref je doute !
Quelle que soit l’hypothèse, le tastevin n’a pas quitté la famille depuis environ deux siècles et il est resté dans la ferme des Touches de longues années. Comme toute ferme, celle des Touches possédait alors quelques pieds de vigne. Le joli tastevin a-t-il servi essentiellement à goûter la piquette produite ou le sortait-on pour de meilleurs vins dans les grandes occasions ? C’est par mon père qui en a hérité, que le tastevin a finalement quitté le monde rural.
Depuis le décès de papa, le tastevin a rejoint ma boîte à trésors familiaux. On n’y trouve aucun objet de valeur : il y a une montre à gousset, un jeu de 32 cartes, des médailles de 14-18, une châtelaine, un tampon encreur, une plaque de garde-chasse, une boîte de Corega (vide) et un « cochon qui rit » … Sa dimension restreinte ne permet pas d’y ranger une jolie pendule que j’ai déjà racontée. Si vous voulez la voir et en connaître l’histoire, il suffit de suivre ce lien.


Je pencherai pour le P.
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Que ce soit F ou P, le tastevin pourrait être un cadeau plutôt réservé à un garçon. Je pencherais donc pour un prénom masculin. Mais comment choisir ???Bon courage, Raymond.
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