Un testament

L’acte notarié étudié aujourd’hui appartient à l’étude de Me BASCHER, notaire royal de La Chapelle-Saint-Laurent. Je l’ai relevé dans un registre conservé à la cote 3 E 7334 aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Il s’agit d’un testament, ou plus exactement de l’acte de dépot d’un testament suivi d’un testament en 1775, celui de Jeanne JOLLY, soeur de mon ancêtre Perrine JOLLY. Le testament est un acte fréquent chez lez notaires, passé parfois préventivement, parfois en urgence. Il n’est pas sans intérêt, donnant éventuellement des renseignements sur la structure familiale et la fortune, éclairant sur les mentalités. La preuve avec celui de Jeanne transcrit et analysé ci-dessous.

Acte de dépôts de testament de Jeanne Jolly décédée de Pugny du 16 juin 1775

Par devant les notaires royaux héréditaires en Poitou soussignés a comparu en sa personne messire Pierre Michel GUILLON, prêtre desservant curé de la paroisse de Saint-Pierre de Pugny, lequel a mis et déposé en l’étude de moi, Pierre Jean François BASCHER, notaire royal en Poitou, le testament de Jeanne JOLLY, fille majeure journalière décédée en ladite paroisse de Pugny, icelui testament passé par le sieur GUILLON prêtre […] dûment contrôlé et insinué au bureau de La Chapelle-Saint-Laurent le jour d’hier, quinze juin mil sept cent soixante-quinze, aux fins d’être délivré des copies et expédition du susdit testament, par moi dit BASCHER notaire à quiconque en aura besoin, desquels dépôts avons donné acte audit sieur GUILLON pour lui valoir et servir ce que de raison, fait et passé au bourg et paroisse de La Chapelle-Saint-Laurent, étude de BASCHER l’un des sous-dits notaires le seize juin mil sept cent soixante quinze et après lecture faite au dit GUILLON, il s’est avec nous soussigné.

La plupart des testaments que j’ai rencontrés sont rédigés par le notaire qui se déplace dans la maison du testateur, ce n’est pas le cas ici. L’acte a été dicté il y a quelque temps à Pierre Michel GUILLON, curé de Pugny, qui l’a rédigé puis déposé chez le notaire le 16 juin 1775 pour qu’il soit conservé et que son caractère soit officiel. Le notaire s’est donc contenté de rédiger un acte de dépôt et d’insinuer (enregistrer) le testament en précisant que depuis, Jeanne est décédée. L’acte en lui même suit.

Par devant moi Pierre Michel GUILLON, prêtre desservant de la paroisse de Saint-Pierre de Pugny diocèse de Poitiers demeurant actuellement au château de la paroisse dudit Pugny soussigné et les témoins ci-après nommés fut présente Jeanne JOLLY, fille journalière âgée d’environ cinquante ans demeurant dans le bourg dudit Pugny chez Alexis DEBORDE, sacristain et syndic de la susdite paroisse de Pugny, son beau-frère, mari de Perrine JOLLY, sœur de la susdite testatrice, gisante au lit malade en une chambre haute ayant son aspect vers le midi et une fenêtre vers le nord, néanmoins saine d’esprit et d’entendement ainsi qu’il nous est apparu, craignant d’être prévenue par la mort sans avoir mis ordre à ses affaires, a fait dicté et nommé, de mot à mot, sans induction ni suggestion de personne à moi desservant soussigné son testament et ordonnance de dernière volonté en présence des témoins ci-après nommés ainsi qu’il suit

Le préambule nous apprend qui est le rédacteur. Il s’agit du curé de Pugny, Pierre Michel GUILLON, mais il correspond aux règles de rédaction que j’ai rencontré dans les textes équivalents. Le prêtre se présente, dit où il réside, le château de Pugny, et où il s’est rendu, dans le bourg de sa paroisse, chez Alexis DEBORDE, époux de Perrine JOLLY, mes ancêtres et sosas 128 et 129. Il connait forcément bien ce dernier car il est son sacristain et syndic, et donc responsable de l’administration paroissiale. Mon aïeul héberge dans une chambre haute sa belle-soeur Jeanne JOLLY, fille (célibataire), journalière de 50 ans. Cela confirme bien ce que je sais de cette famille. J’apprends que Jeanne JOLLY était dépendante de sa famille et sans doute depuis longtemps. En 1775, elle est la seule survivante avec Perrine de la fratrie JOLLY. Restée célibataire, elle vit chez sa soeur et son beau-frère et aide à la tenue de la maison avec son statut de journalière. Il faut donc imaginer une famille élargie. Grâce a cet acte, j’ai une vision plus précise de la vie de mes ancêtres. J’apprends enfin que Jeanne est malade et qu’il y a peut-être urgence à rédiger ce testament pour « mettre en ordre ses affaires ». Il est enfin bien précisé qu’elle est saine d’esprit et qu’elle n’est pas sous influence, ce qui est obligatoire pour que l’acte soit valide.

Portrait d'une vieille femme inconnue sur son lit de mort (école de Rembrandt)

Le testament détaille ensuite en trois points le testament de Jeanne :

Premièrement a déclaré qu’elle veut mourir dans la foi de l’Église catholique, apostolique et romaine, a recommandé son âme à la très sainte et très adorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, et imploré l’intercession de la très sainte Vierge, de sainte Jeanne sa patronne et de tous les saints, pour obtenir de Dieu la rémission de ses péchés, par les mérites de la passion et de la mort de Jésus Christ notre Sauveur et Médiateur...

Le catholicisme est alors religion d’Etat et ce type de clause se retrouve très souvent, même dans les actes passés directement chez le notaire. Dans le cas de Jeanne, c’est d’autant plus indispensable que sa famille est très impliquée dans la vie paroissiale : son beau-frère est syndic et sacristain, c’est le curé qui prend note de ses dernières volontés. On invoque donc comme bien souvent, la sainte Trinité, la sainte Vierge, le saint patron ou la sainte patronne et tous les saints pour finir.

En second lieu, veut et ordonne que quand il aura plu à Dieu de retirer son âme de ce monde son corps soit inhumé dans le cimetière de cette paroisse dudit Pugny...

Le choix du lieu de la sépulture est très souvent mentionné dans les testaments. Jeanne veut être enterrée dans le cimetière de sa paroisse de Pugny, là où elle est née et a passé toute sa vie. C’est le choix exprimé le plus souvent parmi les populations rurales, cohérent avec leur condition sociale. Certains le motivent par le désir de reposer près de proches décédés.

Item, je donne et lègue mon lin à André DEBORDE, mon neveu et filleul âgé de vingt-six ans
Plus je donne et lègue mon cabinet à Alexis DEBORDE, mon neveu et aussi mon filleul âgé de vingt-deux ans
Plus je donne et lègue mon coffre à Louis DEBORDE, mon neveu et également mon filleul âgé de dix-neuf ans
Plus je donne et lègue mon lit à François DEBORDE, mon neveu et aussi mon filleul âgé de vingt-quatre ans
Plus je donne et lègue ma coiffe d’étamine et deux cotillons à Perrine JOLLY, ma sœur mariée à Alexis DEBORDE, sacristain et syndic de cette dite paroisse de Pugny chez qui je demeure
Plus j’ordonne et je veux qu’on fasse dire pour quinze francs de messes pour le repos de mon âme.
..

Suivent donc les clauses précises du testament. Elles permettent de découvrir l’état de sa fortune déclarée. Dans son cas, cela tient en peu de lignes : il y a du linge, un cabinet (meuble de rangement), un coffre, un lit, une coiffe et des cotillons (jupes) et 15 francs. Jeanne possède donc ses propres meubles et un peu d’argent. Les francs, terme alors désuet, correspondent sans doute aux livres tournois et équivaudraient à un ou deux mois de salaire d’un journalier. On retrouve dans le choix de sa transmission l’importance des liens familiaux mais aussi le poids de la religion. Sa soeur hérite de sa coiffe et de ses jupes. Elle a 5 neveux qu’elle a vu grandir mais seuls 4 héritent de quelques biens, ceux dont elle a été marraine. L’aîné, Jacques, n’a ainsi droit à rien. D’un point de vue généalogique, l’acte m’a été bien utile pour démêler de façon sûre cette fratrie. Les prénoms qui leur avaient été attribués à leur baptême prêtaient à confusion : on pouvait mélanger Alexis, Jacques, François-Alexis et Jacques-Alexis. Avec cet acte donnant l’âge et les prénoms d’usage, tout est devenu clair. Enfin, une somme relativement importante est prévue pour payer une trentaine de messes au moins pour le repos de son âme. Nous sommes dans une famille décidément très catholique.

Le présent testament a été ainsi dicté et nommé par la dite testatrice en présence de Louis BROSSARD, garçon tisserand, demeurant audit bourg de Pugny et d’Augustin BERTELOT, garçon sabotier, demeurant aussi audit bourg de Pugny, témoins à ce requis et appelés, et par moi, Pierre Michel GUILLON, prêtre desservant de ladite paroisse de Saint-Pierre de Pugny diocèse de Poitiers, lu et relu à la dite testatrice en présence desdits témoins, qu’elle a bien entendu et veut qu’il soit exécuté dans tout ce qu’il contient.
Fait et passé audit bourg de Pugny en ladite chambre de ladite testatrice ce sixième jour du mois de juin de l’année mil sept cent soixante-quinze, après midi, en la maison du susdit Alexis DEBORDE, beau-frère de ladite testatrice, sacristain et syndic de ladite paroisse de Pugny, où ladite testatrice est logée, et a déclaré ladite testatrice ne savoir signer, de ce enquise et interpellée suivant l’ordonnance et les témoins ont avec nous signé.

Louis BROSSARD tisserand, Augustin BERTELOT sabotier, Pierre Michel GUILLON prêtre desservant la paroisse de Saint-Pierre de Pugny, diocèse de Poitiers.

Pour finir, l’acte reprend les mêmes formules obligées que je retrouve sur d’autres testaments. Il y a deux témoins (des artisans du bourg, sans liens familiaux) dont la présence est obligatoire. L’acte a été lu et relu par le prêtre, approuvé par Jeanne qui ne sait signer, contrairement aux témoins. Le lieu, la maison d’Alexis DEBORDE, est rappelé et la date est donnée : nous sommes le 6 juin 1775. Il s’est donc écoulé 10 jours entre la rédaction du testament et le dépôt chez le notaire BASCHER. Entretemps, Jeanne est décédée, il y avait bien urgence à faire ce testament. Le curé a d’ailleurs sans doute aussi profité de cette visite pour confesser Jeanne, voire lui donner l’extrème-onction.

Jeanne a été inhumée, le 11 juin 1775 dans le cimetière de Pugny, comme indiqué dans ses dernières volontés, en présence de son beau-frère Alexis DEBORDE. Et c’est bien sûr le curé Pierre Michel GUILLON qui a célébré sa cérémonie religieuse et qui a rédigé son acte de sépulture.

AD79 / Pugny (Deux-Sèvres, France) - Baptêmes, Mariages, Sépultures - (1763-1792), vue 41/137

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