Au temps de Simon Robert

Le Journal de Simon Robert retrace une bonne part de la vie de son auteur, mais pas seulement, il aborde aussi de nombreux évènements locaux ou régionaux. Certains ont été esquissés dans mon dernier article mais d’autres méritent qu’on s’y arrête. Ces quelques notes nous font percevoir l’époque dans laquelle vivait Simon Robert, ce siècle qui va d’Henri IV à Louis XIV et nous montre l’intérêt porté par notre chroniqueur au monde qui l’entoure.
Entrons donc ensemble dans la vie de Germond, petit village du Poitou, au XVIIe siècle.

Le Journal évoque la vie locale, les voisins, amis et notables

Le voisinage et les connaissances sont souvent mentionnés au travers des actes de leur vie. Un notaire se doit d’être disponible, mais il arrive à Simon d’être en retard, occupé ailleurs. C’est le cas par exemple avec une demoiselle Chrispe Chabot. Elle le fait mander pour établir ses dernières volontés alors qu’il est en déplacement à Saint-Maixent ; à son retour, il a juste le temps de se rendre au chevet de la vieille dame.

Les familles nobles sont régulièrement évoquées. On suit leurs fréquents déplacements dans leurs diverses demeures. Elles s’arrêtent parfois chez un noble local à qui elles paient pension. Ces pérégrinations offrent aussi l’occasion d’aller visiter la parentèle. Simon croise souvent la famille Aymer, en partie protestante. Naissances, mariages et décès sont notés comme la mort de Jacques Aymer, Seigneur de Breilbon en janvier 1653, tué à la chasse.

 » Jacques Aymer, écer sgr de Breilbon […] fut retrouvé en l’un des essais du moulin de Corgniou le plus proche dud. moulin, mort et le cherchèrent dès le sabmedi, car le sabmedy ayant disné s’en alla à la chasse ver led. moulin où il demeura ; son corps fut levé par les officiers de justice. »

Il rapporte aussi le conflit entre René Aymer et Jacques Pastoureau en août 1647. L’histoire prend sa source dans un différend de préséance lors d’une messe. La querelle s’envenime, on évite de justesse un duel ! Mais les deux hommes demeurent fâchés, raison pour laquelle aucun des deux n’assiste au mariage de mon ancêtre Marie Robert, fille de Simon. La famille Aymer, avait une place importante dans l’histoire locale. On s’en rend compte encore aujourd’hui en visitant l’église de Germond. René Aymer et sa femme y sont inhumés et une plaque nous le rappelle.

Plaque dans l’église de Germond

On y parle aussi de la vie quotidienne : intempéries, santé, récoltes…

La santé est un bien précieux, et l’on craint toujours la maladie et les infections. Au printemps 1631, Simon parle d’une épidémie qui frappe les villes voisines de Saint-Maixent et Parthenay :

« Audict Saint Maixent y a plus de 500 malades au dire de M. de Repérou, leur mal est pourpre. »

Il s’agit de fièvres pourpres, sans doute le typhus. Ces fièvres ont fortement touché les troupes royales au cours du siège de La Rochelle. La paix a été signée en juin 1629 mais la maladie a continué à se propager en Poitou. De plus, même si le Journal ne l’évoque pas, la peste sévit de façon endemique depuis 1624.

Richelieu au siège de la Rochelle, Henri-Paul Motte

Notre notaire n’oublie pas que tous sont tributaires des récoltes et donc du temps. Il cite les caprices de la météo avec les inondations du printemps 1644. Une tempête s’abat sur le pays dans la nuit du 28 au 29 janvier 1645. Cette tempête provoque des naufrages en mer.

«… fit un tel vent et orage qu’il renversa tant d’arbres par terre et couvertures de maisons haultes, qu’il ne s’en est veu de semblable si véhément de mémoire d’homme. ».

En 1625 et 1626, les mauvaises récoltes conduisent à des disettes dans le pays. Au cours des années 1643 et 1644, la France connaît une pénurie de céréales en raison d’un temps qui demeure frais et humide. En 1646-1647, les récoltes ne sont guère meilleures… Les mauvaises années reviennent bien souvent, la population doit vivre avec cette récurence d’années difficiles.

L’attrait pour les faits-divers est déjà bien présent.

En mai 1625, plusieurs hommes sont tués lors d’une échauffourée à Secondigny. Il semble que cette affaire ait vu s’affronter catholiques et protestants avec un enlèvement et le vol d’une forte somme d’argent en transit depuis les Charentes.

Simon Robert cite l’agression d’un de ses confrères, Nicolas Duryvault, sergent royal et notaire d’Aubigné et Faye. L’homme a été attaqué près du grand pont de Champdeniers le 29 décembre 1640, il y « fut fort battu et outragé. ». Cette altercation a dû l’interpeler, lui-même étant souvent sur les routes pour aller rédiger des actes dans les paroisses voisines.

Les faits incompréhensibles sont aussi relatés. En septembre 1642, sur les 7 heures du matin, un grand bruit se fit :

« on eust dit que c’estoient quatre ou cinq coups de canon…et après comme un tonnerre. » … « Partout à plus de dix ou douze lieues, fut entendu le mesme bruit et aussi fort en un lieu comme en l’autre. »

Mais aucune explication ne semble avoir été trouvée à cet incident.

La littérature relate souvent les exécutions publiques, un spectacle où les foules se pressent avidement. Pas étonnant alors de lire sous sa plume :

« Le sabmedy de l’Osanne 1653 fut pendu et estranglé à Champdenier un malfaiteur su’ilzappeloient Mille Diables, mes enfants y furent voir.»

Les 3 plus jeunes fils de Simon qui vivent encore dans sa maison ont alors 19, 17 et 11 ans. Pour eux, cette exécusion fut un spectacle ! Organisés en compagnies, ces Mille Diables, ou Aducaturaires, ravagèrent le Poitou en 1523. Ils sont notamment cités dans une chronique de Fontenay-le-Comte de la même année.

La religion est au cœur de la vie que l’on soit protestant ou catholique.

Notre notaire évoque souvent les protestants. On remarque qu’en 1628 ces derniers sont encore enterrés dans le cimetière paroissial. C’est une nouvelle preuve de la cohabitation sans heurt d’une majorité des croyants des 2 religions mais aussi du respect de notre notaire pour ses voisins protestants. En Poitou, cette tolérance disparait en novembre 1634 avec une ordonnance interdisant aux huguenots l’accès aux cimetières catholiques.

On a vu qu’à compter du 22 septembre 1622 et jusqu’au 26 mai 1623, la famille Robert part s’installer à la Moussière de Béceleuf en raison des conflits liés à la présence de gens d’armes à Germond. Pourtant, la paix avec les protestants a été signée en octobre 1622, mais on peut penser que chacun se méfiait encore et craignait une reprise des combats. D’ailleurs, les heurts reprendront vite : l’année 1625 voit de nouvelles révoltes des protestants en France et notamment en Poitou. En 1627 commence le siège de La Rochelle par Richelieu qui ne s’achèvera qu’en octobre 1628.
En 1648, Simon évoque l’arrivée de 6 compagnies de gens d’armes du comte du Daugnon. Pour sa part, Simon doit héberger un des capitaines. Ces mouvements de troupes semblent se rattacher aux premiers évènements de la Fronde en Poitou.


« Le jeudi 17 septembre 1648 vint loger 6 compagnies de gens d’armes à Germond de M. le compte Doignon. Un capitaine estoit logé chez Juillet et un autre chez moy Simon Robert et deslogèrent le lendemain. Et après qu’il furent deslogez vint aud. Germond loger deux autres compagnies de gens de pied du mesme M. le compte Doignon. J’eus un capitaine qui s’appeloit Treslebois et Juillet autre qui s’appeloit Malassis et deslogèrent le 1endemain 19 septembre 1648. »

Notre notaire et sa famille attache une grande importance à leur foi chrétienne.

Simon, fervent catholique, reconnait le devoir de charité de tout bon chrétien. Après les offices religieux il note que les prêtres et vicaires des paroisses alentours « donn[ent] à chaque pauvre un sol en aumône ». Ce n’est guère plus d’un euro actuel, mais les pauvres devaient être nombreux…

Il s’attarde longuement sur le passage d’un religieux à Champdeniers en mai 1642. Il assiste au prêche en compagnie de sa femme et de Jacques Goupil, le vicaire de Germond. Avec force détails, il décrit la cérémonie, les habits, les vêpres et enfin une grande procession.

Il relate aussi précisément la venue de l’évêque de Poitiers en octobre 1646, ce dernier a entrepris une tournée qui l’amène à Saint-Maixent, Champdeniers puis Niort, afin d’administrer la confirmation aux enfants. Son épouse Françoise Texier y assite avec ses fils François, Simon et Michel ; les 2 premiers reçoivent la confirmation. Une foule importante assiste à l’office. Ces cérémonies exceptionnelles devaient en effet être fort suivies. Outre, la ferveur religieuse, c’était sans doute comme assister à un spectacle : la foule, les notables, les religieux… sans oublier les costumes et les chants.

L’Histoire, qu’elle soit locale ou nationale, est suivie avec attention.

Simon note toujours scrupuleusement les événements locaux et ceux qui sortent de l’ordinaire. Au cours de ces années, sa chronique évoque de nombreux faits. Il parle de barricades autour du château à Niort, qui entraînèrent plusieurs morts en avril 1633.

« Le vendredy 22 avril 1633 y eut tumulte à Nyort et se tua du monde de la ville par gens qui se retirèrent au chasteau et les jours suivants, comme j’ay le tout ouy assurer à gens qui disent l’avoir veu ».

Bon, l’histoire est de seconde main, mais elle semble être vraie puisqu’à nouveau le mardi 26 avril 1633, un certain Jacques Perret confirme les événements et annonce que :

« les barricades qui estoient à tous les cantons de la ville de Nyort se deffaisoient et les retranchementz […] ceux qui estoient au chasteau vouloient mettre impotz, à quoy ceux de la ville s’oposoient […] Les bateries cessèrent dès dimanche dernier environ midy ».

Cette histoire, peu connue, se retrouve dans la correspondance entre le duc de Navailles et Colbert.

Louis XIII par Philippe de Champaigne musée du Pardo

La grande Histoire n’est pas oubliée, on s’intéresse à la vie du pays et de ses monarques. Le 9 septembre 1642, Simon Robert mentionne une messe donnée en mémoire de Marie de Médicis, laquelle était décédée le 3 juillet 1642.

Il cite aussi le décès de Louis XIII,

« Le jeudi jour de l’Assension [14 mai] 1643 mourut le roi Louys 13. »

Cette information est inscrite juste avant une note du 8 juin, preuve que les nouvelles circulaient assez vite dans le royaume.

Simon Robert, de par son office, est amené à côtoyer beaucoup de gens à Germond et dans les paroisses voisines. Tous, des paysans aux notables, utilisent ses services pour tous les actes notariaux de la vie familiale et sociale. Notre tabellion y apprend beaucoup de choses qu’il retransmet ensuite autour de lui. Ces récits circulent largement, d’autant que chacun aime à savoir ce qui se passe dans son village et ailleurs. Grâce à cette chronique d’un notaire de campagne, nous découvrons une foule d’anecdotes, d’histoires… qui nous aide à mieux appréhender la vie de nos ancêtres poitevins.

Pour en savoir plus sur le Journal de Simon Robert : Bélisaire Ledain. Cartulaires et chartes de l’abbaye de l’Absie. Introduction au Journal par Léo Desaivre.

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