
L’épine noire est le nom donné en Poitou au prunellier, arbuste très épineux. Il sert essentiellement à constituer des haies infranchissables typiques des paysages de Gâtine et Bocage. Les jeunes pousses de cette plante (et non les fruits) servent à la fabrication du vin d’épine (ou trouspinette, trousse-pinette…) dont je vous donne une version de recette : il faut 4 à 5 litres de vin pour 1 litre d’eau-de-vie, additionnés de 700 g de sucre. La proportion de pousses d’épine est de 30 à 200 g par litre de vin. Après la récolte et le lavage des pousses d’épine, la mise en macération est immédiate et dure de 48 heures à 1 mois. Cette boisson alcoolisée est traditionnelle en Vendée et en Deux-Sèvres mais n’en abusez pas. Eugène Blanchin, le fils d’un de mes ancêtres, en avait-t-il trop bu ?
ÉPINE NOIRE ou PRUNELLIER (prunus spinosa)
Usage : Haies, élaboration de la trouspinette
Généalogie : L'épine noire est présente de l'Europe de l'Ouest à l'Asie Mineure. Utilisée depuis des siècles, elle a été vénérée par les Celtes.
Eugène Blanchin est né le 28 août 1838 à Terves. Il est le 5e enfant de mes ancêtres François Blanchin et Rose Frouin. Le père, descendant d’une longue dynastie de maréchaux, est un gros propriétaire à l’échelle de son village et la mère n’était pas non plus dépourvue de fortune avant son mariage. Ensemble, ils ont eu 9 enfants, 7 filles dont 2 mortes en bas âge et 2 garçons. Une famille prospère, catholique, qui donne de l’instruction et des soins à ses enfants, mais qui a quand même sa part de soucis. L’aînée, Geneviève, est épileptique. Et Eugène a peut être déjà des problèmes de santé. En 1858, l’année de ses 20 ans, pour la conscription, il est signalé qu’il souffre d’une agitation nerveuse provenant de frayeurs à l’âge de 5 ou 6 ans. Il est exempté mais pour une toute autre raison : il a une fracture de la jambe. 1861 est l’année de tous les drames : le 9 septembre, le frère aîné d’Eugène, Théophile décède à l’âge de 25 ans ; il est suivi peu après dans la tombe par son père, François Blanchin, le 16 octobre et par sa mère, Rose Frouin le 16 novembre. Au début de l’année 1862, Eugène est maintenant le seul homme de la famille, avec sa sœur aînée épileptique et 4 jeunes sœurs, Flavie, Clarisse, Eugénie et Mélanie, qui sont autant de belles dots. Eugène, à la tête d’une belle fortune, devrait prendre ses responsabilités, il possède une bonne constitution mais il a aussi un tempérament sanguin, un caractère vif, emporté, irascible et il semble ne ressentir que peu de sentiments affectifs. Les oncles et tantes veillent donc sur la fratrie et supervisent les premiers mariages des filles : Flavie épouse Théodore Nueil en 1862 et Clarisse épouse Xavier Falourd en 1866.
C’est en 1868, si j’en crois son médecin, le Dr Barion de Bressuire, que les problèmes de santé mentale d’Eugène Blanchin apparaissent : il n’a jamais eu de maladies graves auparavant mais cette année débutent ses excès alcooliques (de trouspinette ?). Eugène souffre d’hallucinations, d’illusions le jour et la nuit. Ses facultés intellectuelles en souffrent aussi mais il y a des périodes de rémission. En novembre 1870, Eugène contracte la variole. En est-ce la cause ? Sa situation s’aggrave fortement ce qui inquiète le Dr Barion. Il lui prescrit de belladone et du bromure de potassium mais son pronostic reste défavorable.

Le 4 avril 1871, il est amené de son plein gré par ses 2 beaux-frères Théodore Nueil et Xavier Falourd à Niort, chef-lieu du département, à l’hospice d’aliénés. Eugène est observé le lendemain par le Dr Lagardelle qui diagnostique un alcoolisme chronique à forme parésique (la parésie est une paralysie légère). Eugène se dit le fils de la Vierge ! Il est observé 15 jours plus tard par le même docteur (le certificat de quinzaine). Le constat est le même : il a toujours les mêmes conceptions délirantes, il dit être Jésus-Christ et il baise la terre pour adorer Dieu. L’éducation religieuse qu’il a reçu semble l’avoir plus desservi qu’aidé. Il n’est pas près de guérir.
Les 3/4 des malades de l’hospice de la Providence de Niort sont occupés à travailler. Sans doute est-il proposé à Eugène comme à la plupart des travaux agricoles ou horticoles. Il passe ses nuits dans un dortoir. Se retrouve-t-il avec les tranquilles, les semi-tranquilles, les agités ? De la même façon, les réfectoires sont séparés selon les diagnostics. On y mange les fruits et légumes cultivés par les pensionnaires, le pain fait sur place, mais cela ne suffit pas. Sur une demande de crédit en 1857, la somme d’argent demandée pour le vin dépasse celle pour la viande ou les comestibles. Pas sûr qu’Eugène puisse ainsi résoudre ses problèmes d’alcoolisme.
Depuis son entrée à l’hospice, Eugène est suivi régulièrement par les médecins qui constatent peu ou pas de progrès. Les rapports en témoignent :
1872 : manie aigüe.
1873 : manie aigüe. En janvier, il s’est produit un peu d’amélioration sur l’état de ce malade mais il est loin d’avoir obtenu sa guérison. En mars, un de ses frères (beaux-frères en fait) est venu le voir. après avoir été raisonnable pendant quelques temps, il lui a dit tout à coup qu’il voulait être reçu prêtre dans les 3 jours. il est devenu également agité.
1874 : manie aigüe. En janvier, il s’est produit un peu d’amélioration dans l’état de ce malade.
1875 : manie aigüe.
1876 : manie chronique, incurabilité.
À partir de cette date, plus rien n’est noté sur le registre. A-t-on renoncé à le suivre ou même à le soigner ? Trois ans plus tard, le 11 mars 1879 à 2 heures du matin, Eugène meurt de diarrhée chronique. Il avait 40 ans. Une mort triste et misérable, à l’image de sa vie, noire comme l’épine.
Sources principales
– AD 79 (3 X 48 à 51 – H dépôt 1 Q 290 – état civil de Terves et de Niort)
– Gallica (Rapports et délibérations du Conseil général des Deux-Sèvres 1867 et 1871)
[Cet article est la réécriture d’un précédent publié en 2020]

Ohlala, quel tableau 😱. Mais aussi quelle chance d’avoir trouvé tous ces éléments pour reconstituer son parcours !
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