Il était une fois dans l’ouest

Le #Généathème du mois de mars est dédié à l’an 1832. Le choléra ne fut pas le seul fléau en France cette année-là.

L’année 1832, dans l’ouest de la France et plus précisément au nord des Deux-Sèvres, c’est comme dans les westerns ! Jean Guyot, un natif de Courlay plus connu sous le nom de Diot, légitimiste convaincu, n’accepte pas que Louis-Philippe ait remplacé en 1830 Charles X à la tête du pays. Beau parleur sans doute, il parvient à convaincre des jeunes gens du terroir d’être réfractaires au service militaire, de prendre le maquis et de courir les champs avec lui. Sur ce territoire encore mal pacifié, près de 40 ans après la première guerre de Vendée, il finit par former une bande de plusieurs dizaines d’individus qui, après quelques actes de rébellion, tombe très vite dans la délinquance, puis le grand banditisme. Diot fuit le pays pour le Portugal ou l’Italie vers 1832 mais ses complices continuent leurs crimes. Sur plusieurs années, dans le Bocage bressuirais et la Gâtine, c’est vraiment le Far West ! J’ai relevé les méfaits de la seule année 1832.

Les réfractaires s’attaquent aux maires représentants du pouvoir dans les communes, ainsi qu’à leurs attributs. Ils utilisent à chaque fois menaces, armes et violence :
– 21 janvier : vol du drapeau et de l’écharpe chez M. Battreau maire de la commune de Sainte Gemme ; le même jour, intrusion chez le maire de Luché-Thouarsais.
– 22 janvier : vol de l’écharpe du maire de Mauzé-Thouarsais, M. Richard.
– 25 janvier : abattage du drapeau tricolore sur le clocher de l’église d’Amailloux « par haine et mépris de l’autorité royale » et vol de l’écharpe du maire M. Robin.
– 14 juin : vol chez le maire de la commune du Pin, M. Maupilier, de denrées et marchandises pour une somme d’environ 60 francs.
– 4 août : abattage du drapeau tricolore sur le clocher de l’église d’Étusson « par haine et mépris de l’autorité royale ».
On en profite la plupart du temps pour dérober un ou deux fusils aux édiles. Mon aïeul Jean Ratron, maire de Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai à l’époque, devait être bien inquiet.

Le groupe vole des armes régulièrement, et pas seulement aux maires. Si on avait un fusil de chasse comme certains de mes ancêtres, il valait sans doute mieux ne pas trop le montrer :
– 6 janvier : vol de deux fusils la nuit chez le sieur Vinotière à Moutiers-sous-Chantemerle avec menaces, armes et violence.
– 22 janvier : vol la nuit de 2 fusils doubles à piston, d’une livre de poudre, de 2 sacs à plomb et d’une boîte de capsules chez le sieur Ecot de Mauzé-Thouarsais.
– en juin : vols d’un fusil au préjudice du sieur Godeau et d’encore un fusil au préjudice du sieur Richard à Noirterre.
– en août : vol d’un fusil chez le sieur Guicheton au Breuil-Bernard.
– 21 août : vol de 3 fusils au préjudice des sieurs Michel, Beauchêne et Bateau à Massais.

La bande se rend également coupable de rapines, toujours par la menace et la violence, s’en prenant particulièrement aux notables ou aux « traîtres » :
– 13 janvier : vol d’une chemise et une bouteille de vin chez les époux Baudouin à Saint-Jouin-de-Milly.
– 14 avril : vol d’une certaine somme d’argent et de 4 bouteilles de vin chez le sieur Dandé, à Chanteloup.
– en août : vol de plusieurs sommes d’argent et de vivres au sieur Ducroq au Breuil-Bernard.
– 21 août : vol d’une certaine somme d’argent au préjudice du sieur Jolly à Massais.
– 26 août : vol frauduleusement d’une certaine somme d’argent au préjudice du sieur Pihoué à La Chapelle-Gaudin.

La bande s’en prend même à l’État directement en attaquant un percepteur :
– 9 avril :  vol au préjudice du trésor de l’État et du sieur Chauvineau, percepteur de Vautebis, de plusieurs sommes d’argent.

Les hors-la-loi mènent une vraie guérilla contre les gendarmes et les soldats qui les poursuivent :
– 7 août : c’est l’affaire de la Planche aux Marchands où une réunion armée tend un guet-apens à 4 soldats, Serré, Gamel, Gauvillier et Houet et au caporal Tête pour dérober leurs armes.
– 11 août :  la rébellion s’en prend à un soldat du 64e régiment de ligne à Saint-Paul-en-Gâtine.
– 13 août : c’est la séquestration à Saint-Germain-de-Longue-Chaume du gendarme Saugier avec menaces de morts à son encontre.

Forcément, tout cela finit souvent mal avec des tentatives d’homicides et même des meurtres. Rien que pour cette même année 1832, en plus des agressions déjà citées :
– 15 janvier tentative d’homicide sur le sieur Florisson à La Ronde.
– 26 mars : coups et blessures sur Genot dit Gaspard aux Aubiers.
– le même jour, entre Chanteloup et la Chapelle-Pitié, attaque du colporteur Lemoff, frappé à coups de fusil pour voler deux aunes de galon blanc.
– 30 mars : homicide du déserteur Joubert Aux Moutiers-sous-Chantemerle.
– 10 août : meurtre du sieur Ravix maire de Lhoumois à l’occasion du vol de fusil, eau-de-vie et autres denrées à son domicile.
– 31 août : tentative d’homicide à coups de fusil sur le sieur Bouchet à La Peyratte puis vol de son fusil, il survit mais conserve définitivement une balle dans l’abdomen.
 – 3 novembre : assassinat du sieur Guignard à La Chapelle-Saint-Étienne.

Localisation en bleu des actes de la bande à Diot en 1832 (en rouge les années précédentes et suivantes)

Sans doute protégée par une partie de la population au départ, la bande l’est de moins en moins avec le temps et une grande partie des réfractaires finit par se faire arrêter. Ils sont jugés lors de plusieurs procès. Le plus important à lieu à Niort en septembre 1835 avec 12 accusés présents et 19 par contumace. Les 11 condamnations à mort prononcées concernent ceux qui sont toujours en fuite. Ceux qui sont arrêtés écopent des peines de prison ou de travaux forcés allant de 3 ans à la perpétuité. Finalement, de la bande à Diot, seuls furent effectivement guillotinés 3 hommes qui avaient été jugés les années précédentes : Marc Secondi, Jacques Bory et  Julien Desaivre. La justice devint plus clémente par la suite et, dans les années qui suivirent le procès de 1835, des mesures de grâce touchant aussi les fugitifs condamnés à mort permirent de calmer définitivement une région qui aspirait à la paix.

Étonnamment, en cherchant parmi les coupables, victimes ou témoins de ce tentaculaire dossier, je ne retrouve qu’un seul de mes ancêtres ou collatéraux. Au procès de 1835, Louis Monneau, un des frères de mon sosa 58, est sur le banc des accusés. Moins impliqué que d’autres car reconnu coupable d’un seul vol en 1834, il est condamné à 3 ans de prison à Fontevrault dont l’abbaye servait à l’époque de prison. Il doit ensuite effectuer le service militaire de sept ans auquel il était réfractaire en 1830. Il attend donc l’année 1845 pour être totalement libéré, pouvoir se marier enfin et mener la vie d’un honnête (?) tisserand.

Sources :
– Blog La Maraîchine normande : Boismé -Jean Guiot dit Diot
– Gallica Arrêt de la Cour royale de Poitiers qui renvoie en Cour d’assises de Niort François Petit et autres accusés
– Archives départementales des Deux-Sèvres (2 U 42 et 2 U 43)
Les condamnés à mort 1832-1869

Et pour finir, la musique qui va bien pour rester dans l’ambiance.

4 commentaires sur “Il était une fois dans l’ouest

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  1. Il s’en est passé des choses dans les Deux Sèvres ! Je lis actuellement des choses sur les bandes armées en Espagne au XIX°, mais je vois que ça existait aussi en Poitou. Au niveau politique, j’avais trouvé un peu l’inverse dix ans plus tôt en 1822, la conspiration de Thouars pour renverser le roi et établir le duc de Reichstadt.

    Aimé par 1 personne

    1. Bravo ! Quel bel article !
      J’adore la forme et… Il était une fois dans l’Ouest.
      Dans quelle genre d’archives trouve-t-on le détail de tous ces méfaits (et crimes !) ?

      Aimé par 1 personne

      1. Merci Françoise. Normalement c’est dans la série U (justice), 2 U en l’occurrence puisque c’est la cour d’assises. Je découvre cette série que j’avais peu fouillée et je pense que sur cette affaire il y a beaucoup à apprendre encore car il y a eu plusieurs procès et je n’ai regardé que les décisions du tribunal (arrêts ou jugements, ordonnances) pas les dossiers de procédures (procès-verbaux, déclarations de témoins, etc.). Ce qui m’a beaucoup aidé pour cet article, c’est la numérisation par Gallica de l’arrêt de la cour royale de Poitiers qui renvoie les accusés vers la cour d’assises de Niort (124 pages bien détaillées).

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